Meraki - Le Magazine

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Andros - Panorama Égéen

Une île multiple, douce, sauvage, élégante et discrète qui a su conquérir mon cœur. Une introduction à l'île.

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Jessica Ballion Ohana
mai 10, 2026
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Je ne pensais pas qu’il y avait quelque chose, là-bas, à Andros.

Son nom déjà ne me plaisait pas. Il n’était pas assez exotique, trop connoté. L’île était trop grande pour être honnête. J’imaginais des routes, des carrefours, des supermarchés. J’imaginais un prolongement de la vie Athénienne. Et puis, c’était l’île des armateurs, d’une richesse de classe; alors j’imaginais des soirées blanches branchées un peu surfaites, et une légèreté, qui aurait manqué de profondeur sensible.

Je pars souvent découvrir des chemins de traverses, mais là, je faisais fausse route.

Andros a plusieurs visages. Comme des facettes d’un caractère, avec, comme nous son lot de paradoxes. Elle m’a émue, bouleversé même, touchée ; elle m’a offert des paysages qui m’ont fait passer d’un monde à l’autre en une demi-heure. D’une nature brute et sauvage où la beauté primitive et païenne prend tout son sens, dans ce mois d’avril si doux entouré de fleurs sauvages et d’agneaux gambadants en liberté, à une Chora encore endormie hors-saison où on devine l’élégance discrète des maisons néoclassiques, à ses paysages toscans du centre qui m’ont transportée en Italie, jusqu’à son sud aride aux criques à l’eau si bleue, rafraichissantes : Andros tu es la Grèce à toi toute seule.

Je suis arrivée juste avant le coucher du soleil, à Gavrio - le petit port d’entrée dans ce monde Andriote. Je l’avoue il ne m’a pas fait un effet incroyable. Un port des Cyclades comme il y en a tant - la cabane où attendre les ferrys, les restaurants et les bars qui s’égrainent le long de la baie abritée. Plus loin sur la gauche, une langue de sable idéale pour la baignade de ces journées de départ, en attendant le bateau. Vous savez, ces journées où vous avez rendu le logement, la voiture, et qu’il ne vous reste qu’à trainer là, tranquillement allongé sur un transat, sur une plage qui n’est pas la plus belle, mais où on se fera, étrangement, les plus beaux souvenirs. Passant le temps entre parties de backgammon, baignades et les sacs à vos pieds. De ces journées d’été où le temps long passe. Les bières fraîches s’enchainent, parce que bon, pourquoi pas c’est les vacances, et on attends l’heure du ferry qui nous fera découvrir une autre île, ou rentrer avec la tristesse dans les yeux.

Il y a toujours ce sentiment d’excitation incroyable qui me prend quand j’arrive dans un endroit inconnu. Ce qui frappe d’abord dans ces îles, dans ces ports d’entrée — et bien souvent dans les îles que je chéris le plus — c’est que ce n’est pas joli.

Je vais vous donner un secret : si le port d’entrée n’est pas parfait, pas carte-postalesque1, alors vous êtes au bon endroit. Cela veut dire que les ports sont vrais. Vivants. Habités. Avec leur défauts, leurs cafés un peu décrépis parfois, à côté de quelques bars à cocktails.

A Gavrio, ici, un parking ; en face, un restaurant de souvlaki duquel se dégage à 19h, déjà une délicieuse odeur de viande grillée, à gauche, quelques cafés, une pharmacie, et deux boutiques. Une librairie où je rentrerais plus tard et qui m’a permis de découvrir l’un des plus beau livre que j’ai lu, et une boutique de mode, un peu chic, avec ses tenues de designers grecs. Chic, élégant, fluide, discret.

J’aime regarder les boutiques, le lèche vitrine donne le ton des endroits. Il n’y a rien de moins futile que la mode quand on part en voyage. Faire connaissance avec les boutiques et ce qui s’y vend, donne instantanément le profil sociologique des habitants ou des voyageurs. Et ici, à Andros, pas de marques assumées, et logotées - dans la vitrine, des tenues amples et souples en soie ou en très joli coton, des coupes parfaites, des sandales de belle facture, quelques sacs en cuirs tressé - sacs déjà aperçu d’allieurs dans un joli concept store de San Sebastien, l’élégante de la côte basque. Bien, cela m’a éclairé sur Andros : old money, chic, discrète, raffinée.

Je suis arrivée à mon hôtel - simple et efficace pour une première nuit. Quand je voyage seule, étonnamment, je me fiche un peu du cadre pour mes nuits de transit. Je sais exactement que je vais m’écrouler sur mon lit à 22h30 après avoir célébré solitairement ma première nuit ici - avec un vin local, en pichet bien sûr. Propre et confortable sont mes seuls critères.

Acheter du Nescafé soluble est, en revanche une de mes priorités avant d’aller me coucher - désavantage d’être levée systématiquement à 6h du matin de manière totalement autonome.

Mon hôtel Ostria, était accessible à pied du port - ma chambre spacieuse et confortable et vraiment pas chère en cette saison. Une petite piscine est même accessible. L’accueil était très sympathique, c’était simple et propre. Un bémol cependant : j’avais une chambre vue mer, mais qui surplombait donc la route — et c’est l’une des routes les plus passantes de l’île. Si vous y séjournez, demandez une chambre sur l’arrière, ou bien n’ayez pas le sommeil sensible au bruit, contrairement à moi.

Pour le diner, Karavostasi Taverna était une excellente option - que les propriétaires des maisons Ama et de la maison Koumari m’avaient recommandés - l’accueil par Giorgos fut spontané et sincère et nous avons fini à passer la soirée en se montrant les photos des enfants.

La petite terrasse abritée en ce mois d’avril frisquet était exactement ce que je recherchais, les tables d’hommes locaux se partageant des plats de poissons grilles, des étrangers ayant des maisons ici, des familles grecques, une ambiance de taverne familiale simple et authentique. Quand à la cuisine, Giorgos m’a dit de le laisser faire - ce que j’ai accepté avec joie. Ce n’est pas écrit sur la carte, mais il faut toujours demander les plats du jour - il y en a systématiquement dans les tavernes digne de ce nom, ainsi vous gouterez une vraie cuisine grecque savoureuse et locale.

Devant mon assiette et mon verre de vin blanc sont arrivé par magie une fêta au four - onctueuse, cuisiné avec des piments et des poivrons, des oignons rouge et des câpres. Un plat délicieusement régressif de fromage fondu qu’on savoure au coeur du printemps cycladique quand le temps n’est pas clément.

Le fromage coulant - qui file - avec les épices relevés, est pour moi un délice absolu.

A côté de ce prélude, une magnifique assiette est arrivée - arni - de l’agneau. C’est maintenant qu’il faut en manger, quand c’est la saison, au printemps. Un agneau fondant, cuit dans une sauce, une sorte de ragout, avec des belles pommes de terres, elles aussi, fondantes. Un délice.

Le clou du spectacle, de ce festin d’une simplicité parfaite, fut quand Giorgos m’a tapé dans le dos en me remplissant mon verre d’une bonne rasade de tsipouro. Le tsipouro est très consommé en Grèce, c’est un alcool de marc de raisin, un peu comme la grappa. Il est consommé aussi durant les repas, à la place du vin.

Le lendemain, je suis partie. Récupérer une petite jeep, et partir à l’aventure sur des routes inconnues, seule, fait partie d’un des plus grand bonheurs de la vie. En tout cas de la mienne.

J’ai monté la colline juste après le port, mis de l’essence pour être tranquille - et c’était parti.

La route qui descends vers le sud, et qui mène à Batsí, la petite station balnéaire d’Andros, serpente entre paysage sauvages et plages dorées.

Dès le virage suivant, j’ai été séduite. Une lange de sable d’or, une eau turquoise, la douceur, les cyclades. C’est golden sand.

Maintenant elle est déserte, mais je l’imagine bien, cette plage en été, la vie, la douceur, les rangées de parasols et de transats, l’été des vacances et du repos, l’été en famille, les enfants qui jouent dans l’eau dans cette eau peu profonde, les parents essayant de lire un livre, en surveillant du coin de l’oeil la famille à l’ombre. De ces journées complète passées à la plage, le soleil, les baignades rafraichissantes, la crème solaire qui colle, la salade qu’on déguste là, sur les transats, les clubs sandwich estivaux, et la bouteille de rosé qu’on commande parce que quand même, c’est les vacances -

- et qu’est-ce qu’on est bien ici quand même. On a bien fait de venir là. C’est le paradis, non ?

J’ai continué ma route, d’autres plages idylliques ce sont succédées dont Kypri, un peu plus petite et rocailleuse, et puis la route à pris un tournant, et moi aussi.

Je me suis retrouvée ailleurs. Loin des Cyclades que je connais le mieux. Dans un autre monde, un monde de forêt, de plantes, de végétation luxuriante, un monde où il y a des arbres. Cela peut vous sembler étrange de parler d’arbre comme de quelque chose d’exotique, pourtant ça l’est. Ici,ça l’est. Ces îles sont magiques et féériques et elles tiennent mon cœur pour toujours, mais elles sont battues par les vents, manquent aussi souvent d’eau, et n’ont donc pas ou peu de vrais arbres. Et certainement pas de forêt.

Ici, dans cette terre fertile d’Andros, j’ai retrouvé la foret, les mythes anciens, les nymphes et Pan, les sources et les vallons, les paysages toscans, les cyprès et les oliviers, les sapins même. J’ai retrouvé dans cette île tous les paysages que je m’imagine, ou que je connais de la Grèce. Les plages idylliques, les oliveraies centenaires, les champs de fleurs du printemps, l’herbe grasse des pâturages où paissent les vaches, les plaines montagneuses et ventées du nord royaume des chèvres et moutons en liberté, le sud plus aride et sec où les falaises plongent dans la mer à pic avec un panorama à couper le souffle, les monastères perchés dans les montagnes construits en pierre grise à flanc de falaise, qui dans la brume, renforce l’austérité de l’endroit, et puis les villages - beaux, accueillants, élégants.

Moi, dans ma voiture, la radio à tue-tête, je suis arrivée dans un tournant. Et là, j’ai découvert Batsí. Depuis la route du sud, on découvre la carte postale : un village construit dans une anse calme, l’eau si bleue, les petits bateaux de pêche aux coques colorées, les maisons blanches aux toits de tuiles et aux acrotères si ornementés.Les façade descendent en cascade de blancheur vers la mer et de loin, on croirait presque le petit port de Cadaquès, avec une élégance en plus, les maisons néoclassiques, une forme de rythme architectural, les volets bleus.

On m’avait parlé de ce port, je comprends maintenant.

Ici, c’est la Grèce simple, chic et élégante sans en faire trop. Une forme d’esprit distingué, comme Saint Tropez avant Bardot. La mer, les bateaux, le paysage, le village le panorama, la douceur de vivre, le soleil méditerranéen. Maintenant c’est calme, mais j’imagine en saison, les robes en lin, les sandales en cuir doré, l’agitation tranquille des débuts de soirées, les peaux dorées par le soleil, la vie magique des ports en été.

Voir ce petit port posé là, dans cette île que je ne connaissais pas. M’a ému aux larmes. Incroyable de beauté et de simplicité.

Ma route à continué pour aller découvrir l’une des maisons que j’avais tellement hâte de voir : la Maison Ama - perchée un peu plus loin avec le panorama égéen. Là encore, je fut époustouflée.

Découvrez la suite de ce périple Andriote dans un prochain article - et pour ne rien manquer, abonnez vous à Meraki Magazine pour recevoir directement les articles dans votre boite mail.

La maison Ama est une maison traditionnelle cycladique de charme - disponible à la location pour vos voyages en Grèce à Andros. C’est une maison avec une âme, du cachet et du cœur. Une maison Meraki - des maisons authentiques à louer en Grèce, dans les Cyclades.

Et pour ceux qui voudraient, eux aussi, partir se perdre sur les routes d’Andros, retrouver ci-dessous — réservées à nos abonnés payant du Magazine Meraki — toutes mes notes de voyage : comment venir depuis Athènes, les ferrys, où louer une voiture, mes cafés, tavernes, plages préférées et quelques adresses glanées en chemin - tout cela disponible dans une carte à télécharger.

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